fbpx

Interview du Docteur René Caissie par Jérémie Rainville de radio 98.5 Montréal

Vendredi 18 juin, Docteur René Caissie, cofondateur de Dorma Filtration a été invité par Jérémie Rainville sur radio 98.5 Montréal afin de faire le point sur le masque Dorma N95.

Jérémie Rainville: C’est un homme aux multiples projets, le Docteur René Caissie, cofondateur de Dorma Filtration, entreprise Québécoise travaille avec le Conseil National de Recherches du Canada sur la création d’un masque N95 générique et réutilisable. L’idée est bonne, tout le monde est enthousiaste mais un seul problème, toujours pas d’approbation finale de Santé Canada. Docteur Caissie, avons-nous eu l’approbation finalement? 

Dr René Caissie: on n’est pas loin de l’avoir. Nous avons discuté avec Santé Canada hier et quelques tests supplémentaires doivent être réalisés.

Jérémie Rainville: Je lisais les propos de Yves Boisvert dans La Presse et on avait l’impression que ce dossier est tombé entre deux bureaux. Comment on parvient à faire bouger les choses avec Santé Canada lorsqu’on a eu l’approbation de tout le monde? Comment parvient-on à faire avancer le projet? 

Dr René Caissie: Nous savons que Santé Canada est débordé de par la situation actuelle (COVID-19). Il y a environ 1200 dossiers à traiter et Santé Canada fait tout son possible pour répondre rapidement. Nous avons appliqué il y a deux mois déjà pour obtenir l’approbation et commencer à produire et livrer les masques. Donc on pense vraiment qu’on est dans les premiers dossiers présentement. 

Jérémie Rainville: Parlez-nous de votre masque N95 générique et réutilisable. Qu’est-ce qu’il a de particulier? 

Dr René Caissie: Nous avons deux modèles de masque N95, le premier est confectionné à partir d’une application mobile qui a été développé avec l’université de Stanford. L’application va prendre une empreinte tridimensionnelle du visage et à l’aide de l’algorithme que nous avons créé, nous serons capables de réaliser un masque parfaitement adapter à la morphologie du visage. Un fichier sera ensuite généré et envoyé à une imprimante 3D spécialement conçu pour ce type d’usage.

Le second modèle est un masque générique disponible en 3 tailles standards, ces masques seront réutilisables et stérilisables. Ils sont conçus à partir de visages types tridimensionnelles réalisés à partir d’une étude anthropologique américaine et représentant 90% de la population. Nous créons actuellement des moules dans lesquels nous pourrons injecter des polymères de grade médical tels que le silicone ou encore le nylon. Cette technique nous permettra de produire environ 500 000 masques par mois. Le personnel soignant aura donc le choix entre un masque 100% personnalisé ou un masque à taille unique allant à la majorité.

Jérémie Rainville: C’est incroyable, pour bien comprendre le procéder, l’application va prendre une photo de notre visage qui sera ensuite transférée sur un fichier afin que l’imprimante 3D puisse créer un masque identique à la morphologie du visage, c’est bien cela? 

Dr René Caissie: il faut 120 secondes à l’application pour prendre une empreinte tridimensionnelle du visage et 20 secondes pour que le fichier soit transmis à l’imprimante.

Jérémie Rainville: Au Québec, le port du masque n’est pas obligatoire, il est fortement recommandé mais toujours pas obligatoire. À Toronto, le port du masque dans les transports publics sera obligatoire à compter du 2 juillet. Vous en tant que médecin, quelle est votre position sur le sujet? 

Dr René Caissie: Il est sûr qu’à l’hôpital, ça plairait de protéger les gens au maximum et non pas protéger les travailleurs de santé selon l’approvisionnement disponible. Je pense que si nous avions eu plus de masques N95, moins de personnes seraient infectées aujourd’hui. Pour la population, les masques chirurgicaux n’offre pas beaucoup ou presque pas de protection pour soi. Il protège les autres. Il est certain que si tout le monde portait un masque, même artisanal, cela diminuerait la propagation du virus.

Jérémie Rainville: Comment vous expliquez que certains soient encore résistants à l’idée de porter un masque?

Dr René Caissie: C’est une bonne question, si on est une personne jeune et en bonne santé, il y a de fortes chances qu’on ne soit pas affecté par le virus donc beaucoup de personnes sont protégées de part leur système immunitaire. Le port du masque est pour protéger les gens qui nous entourent; donc c’est sûre qu’il faut penser aux immunodéficients avant tout. 

Jérémie Rainville: Quels sont vos projets pour le masque N95? Est-ce uniquement pour l’Amérique du Nord?

Dr René Caissie: Notre but premier est d’être capable d’approvisionner le Québec pour pallier ce problème de stock que nous rencontrons présentement. Une fois que notre mission sera accomplie, on aimerait pouvoir approvisionner le reste du Canada mais aussi la population de façon globale. Nous sommes déjà en contact avec une entreprise américaine qui souhaite nous acheter des masques et un groupe européen qui représente l’Europe et l’Amérique du sud. Nous avons donc déjà des preneurs pour le masque que l’on va produire. 

Jérémie Rainville: Est-ce que le prix est un enjeu au vu des circonstances dans lesquelles nous vivons actuellement? 

Dr René Caissie: Non, surtout que c’est un masque réutilisable. Il coûte environ $1 par jour pour l’utiliser donc si on calcule le prix du masque et le nombre de fois qu’il pourra être utilisé, le coût de revient est minime. Si on regarde les masques N95 proposés sur le marché aujourd’hui, les prix varient entre $8-10. Certains hôpitaux en achètent jusqu’à 20 000 par mois. Notre masque est bien moins cher.

Jérémie Rainville: Combien de fois peut-on réutiliser le masque N95 ? 

Dr René Caissie: On travaille avec le groupe CISSS de Montérégie Est qui réalise des tests de stérilisation. Nous sommes rendus à 166 stérilisations continuelles sans atteinte à l’intégrité du masque. On ne connait pas encore la limite mais on pense qu’elle est grande.

Jérémie Rainville: Comment procéder à la stérilisation des masques ? 

Dr René Caissie: Pour l’instant on réalise des tests dans une machine semblable à un lave-vaisselle médical qui augmente la température de l’eau à 80 degrés mélangé à un savon médical. Le masque reste environ 30 minutes dans cette machine; ensuite le masque est séché à 120 degrés afin de stériliser le masque. Nous n’avons pas encore testé d’autres méthodes pour les consommateurs mais nous allons essayer de trouver une solution pour pouvoir stériliser les masques à la maison également. 

Jérémie Rainville: Selon vous, quand allez-vous pouvoir débuter la production des masques avec l’accord de Santé Canada? 

Dr René Caissie: pour les masques à impressions 3D, nous sommes déjà prêts à les produire.

Retrouvez l’intégralité de l’interview du Dr René Caissie sur radio 98.5 Montréal: https://frama.link/interview-rene-caissie-masque-n95